La porte de la véranda s’entrouvrit d’une trentaine de centimètres, juste assez pour qu’une petite tête puisse passer aisément. En deux secondes, d’un coup d’œil à droite et à gauche, n’entendant rien, Sophia vint à la conclusion qu’il n’y avait pas un chat. Pas de jeunes gens venu fêter ou mettre le bordel par ici. Elle entra et referma d’un coup de pied la porte derrière elle. La jeune femme portait deux grosses malles remplis de ses objets personnels et vêtements et un sac à dos débordant de CDs. Elle poussa un long soupire.
*Ah quel plaisir de ne plus supporter la cacophonie du Salon étoilé!*Sophia posa ses valises quelques secondes et sortit de la grande poche de sa veste une lampe de poche qu’elle alluma d’une pichenette. Elle éclaira vers un endroit précis et ses valises s’envolèrent par magie pour se poser là-bas. Le faisceau de lumière changea de direction, le temps de se diriger au vieux radio d’Arianna Cromwell, la professeure de botanique, puis s’éteignit. Comme la beaucoup d’amoureux des plantes, l’enseignante croyait aux vertus bienfaisantes de la musique sur celles-ci. Sophia sortit de l’autre poche de son vêtement une vielle cassette qu’elle n’avait pas le loisir d’écouter souvent. Pour la simple et bonne raison qu’elle ne connaissait pas vraiment d’autres endroits que la véranda ou trouver un radio à cassette. Elle tendit la main et la cassette, usée par le temps, s’éleva en douceur pour atterrir adéquatement dans le radio. Sophia poussa la petite porte à cassette et appuya sur la touche de mise en marche. Elle aimait la plupart des styles de musique, tant que ça sonnait bien. Ce fut une composition de Beethoven qui emplit délicatement la véranda. Für Elise, une pièce que tous connaissent et que Sophia appréciait énormément.
Un sourire apparut sur les lèvres de la jeune femme. Elle lâcha la lampe qui tomba anormalement lentement et sans bruit près du radio grâce à la télékinésie et ne bougea pas, le temps d’accoutumer ses yeux à la noirceur. Elle avança finalement et comme à son habitude, elle s’installa sur un long banc à dossier à quelques mètres de là. Elle tapota ses malles posées juste à côté et laissa glisser son sac à dos sur le tas. Elle étendit les jambes sur la longueur de son trône personnel, puis ferma les yeux.
Son esprit bercé par la musique divagua sur ses vacances et la rentrée. Elle était arrivée plutôt tard, personne n’avait pu voir de quel moyen de transport ni avec qui puisqu’elle avait demandé au chauffeur de ne pas la laisser au portail. Elle avait rallongé le trajet en passant par le parc en espérant de ne croiser personne à cette heure plus tardive, mais elle avait été déçue. Sophia avait donc filé directement à l’intérieur malgré l’envie qu’elle avait de se laisser taquiner par la légère brise plus longtemps. Elle ne pouvait supporter la vue des costumes ridicules, ni d’entendre les voix énervantes des élèves qui s’enthousiasmaient sur quelconques ragots. Mais, malheureusement pour elle, elle avait sottement oublié que l’école serait aussi bruyante que son parc. Le cocktail tenu dans le Salon étoilée était bien populaire et tumultueux cette année. Elle s’était donc réfugiée dans la véranda, ne voulant pas non plus rencontrer sa partenaire de chambre.
Beethoven fut remplacé par Tchaïkovsky et sa Chanson Triste.
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